Dans un rapport rendu public le 20 février, l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) présente un panorama des IME et des préconisations. "Aujourd’hui, la question n’est (...) pas de savoir s'il faut encore des IME mais pour quel public et selon quelles modalités".
Etabli en septembre 2025, ce rapport est publié en février 2026. Il vise à rendre les IME « plus aptes à la dynamique inclusive sans engendrer de pertes de chance ni d'exclusion ». Missionnée en 2024 par le gouvernement propose « des leviers » d’évolution. Nous présenterons ici :
- une synthèse des recommandations telle que présentée par l'IGAS sur son site web,
- un choix d'observations tirées du rapport,
- quelques morceaux choisis, piochés au sein du rapport,
- la liste des annexes qui n'est pas sans intérêt.
SYNTHESE DES RECOMMANDATIONS
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plan de rattrapage capacitaire dans les départements les plus sous‑dotés
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fiabilisation et pilotage des listes d’attente
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renforcement des pôles de compétences et de prestations externalisées /équipes mobiles
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actualisation du cadre réglementaire, incluant une définition de périodes minimales d’ouverture
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consolidation des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (formation, solutions de répit, partenariat, communication alternative et améliorée, insertion professionnelle, coordination avec l’ASE)
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poursuite des créations d’unités d’enseignement externalisées et d’espaces inclusifs dans chaque établissement scolaire
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outillage du suivi des temps réels d’accompagnement
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appui aux familles
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stratégie nationale 16‑25 ans, pour sécuriser les transitions et l’accès à l’emploi
OBSERVATIONS DE L'IGAS
L'IGAS dresse un « panorama de la réalité des IME », avec un « paysage » marqué par « une grande hétérogénéité ».
Quelques chiffres
On dénombre 1 380 IME avec 75 700 places d’accueil en internat complet, de semaine ou séquentiel.
Moyenne nationale : 50 places pour 10 000 jeunes.
15 % au moins des jeunes d’IME sont suivis par l’ASE.
15 % des enfants présentent un TDI léger sans autres vulnérabilités.
En 2022, 11 000 enfants étaient en liste d’attente en IME (estimation).
La mission plaide ainsi en faveur d'un plan de rattrapage « capacitaire en IME pour la dizaine de départements les plus sous-dotés », qu’elle évalue à 160 M€ d’ici 2030.
Publics accueillis
L’IGAS confirme que les IME sont aussi « exposés à une hausse et une sévérisation des publics accueillis» avec plus TSA et de TDI sévères.
Concernant les orientations, l’IGAS estime que certains jeunes porteurs d’un déficit intellectuel léger sont orientés en IME « alors que leurs besoins pourraient être couverts par d’autres modalités d’accompagnement, tandis que d’autres, qui devraient pouvoir en bénéficier, n’y accèdent pas » en raison des « limites des évaluations qui appellent à penser des appuis techniques auprès des MDPH » et de manque de solutions alternatives telles que les Ulis.
L’IGAS estime que « le poids des représentations » créé « une résistance des familles » qui les pousse à chercher des alternatives dans le secteur libéral.
Liste d'attente et Creton
L'IGAS prône une harmonisation des processus d’admission et l’augmentation du nombre d’enfants en attente de place suivis par les pôles de compétences et de prestations externalisées (PCPE) ou des équipes mobiles rattachées aux IME. Elle propose de renforcer les CPOM signés avec les agences régionales de santé en y intégrant des mesures en faveur de la formation des professionnels des IME au passage en dispositif intégré et à l’évolution des profils associés.
L'IGAS observe une « source d'embolisation des parcours individuels » liée à la croissance du nombre de jeunes adultes. Sur ce point, la mission suggère d’élaborer « une stratégie nationale pour les "16 – 25 ans" permettant de systématiser la création de dispositifs de transition dédiés à la maturation des projets des jeunes sortants ».
Dispositif
Tous les IME n’ont pas encore développé d’offre modulaire.
Certains IME semblent parvenir « à allier de manière satisfaisante ouverture sur l'extérieur et qualité des accompagnements en déclinant l'inclusivité dans ses dimensions scolaire, sociale et professionnelle ».
D’autres sont « en souffrance, noyés dans la complexité des demandes sans toujours pouvoir y faire face faute de moyens et d'environnement structurant, semblent très loin des ambitions portées par la puissance publique ».
Plus globalement, les préconisations visent à « rendre les IME plus aptes à la transformation en dispositif et à la dynamique inclusive sans engendrer de pertes de chance ni d’exclusion ».
La diversification des modalités d’accompagnement entraîne en effet « une complexité logistique inédite et génère de nouvelles charges », notamment en termes de transports.
Dans ce nouveau cadre, la posture des professionnels doit devenir « moins centrée sur le collectif institutionnel » mais se tourner « vers une logique de coordination de parcours ».
Sur le plan bâtimentaire, cette transformation invite à « repenser les lieux en espaces modulables et ouverts, capables d’accueillir des activités plurielles et d’encourager les coopérations ».
Au final, pour nombre d’acteurs, le risque de cette transition « est de devoir faire plus avec des moyens insuffisants, avec le sentiment d’aller "trop vite" au regard des contraintes opérationnelles ».
Ils appellent alors à éviter « tout passage en force en renforçant les ressources pour évaluer et suivre la demande et les besoins ».
Articulation avec l’Éducation nationale
Plusieurs recommandations visent à améliorer la coordination des IME avec l'Éducation nationale. Il est notamment conseillé de « poursuivre le mouvement de création des unités d’enseignement externalisées (UEE) » et d'instaurer une obligation pour tout établissement scolaire de disposer a minima d’un espace dédié aux dispositifs inclusifs. Les auteurs suggèrent « d’investiguer », avec l’Éducation nationale, « la faisabilité d’une fusion entre les équipes de suivi de scolarisation et les réunions de suivi du projet d’accompagnement médico-social pour les enfants accompagnés par un dispositif intégré ».
MORCEAUX CHOISIS
Voici quelques extraits du rapport :
Représentations
"L’IME peut, de manière schématique et selon les cas, être une réponse par défaut qui en signe l’échec (en cas d’éviction scolaire) ou au contraire, une manière d’y participer dans des conditions sécurisées et plus adaptées aux besoins de certains enfants."
Orientation
"L’orientation et le maintien par défaut de certains enfants en IME, comme la nonorientation de certains autres qui y auraient pourtant leur place, entremêlent carences objectives et déterminants plus subjectifs"
RH
"L’activité des IME s’exerce en outre au sein d’un secteur médicosocial exprimant une forte insécurité, notamment en raison des tensions actuelles sur les ressources humaines, qui fragilisent le travail collectif. La moindre capacité des IME dans le domaine du soin, faute de ressources internes ou de partenariats suffisamment structurés avec le champ sanitaire (libéral comme hospitalier) est un point de préoccupation récurrent.
Dispositif
"Pour les IME, la modularité des parcours et la transformation en dispositifs intégrés se traduit par des besoins qui impactent les organisations et les identités professionnelles."
Inclusion
"l’inclusion ne peut se limiter au temps scolaire ou aux seuls murs de l’IME. Elle doit s’étendre aux temps péri et extrascolaires, à l’accès effectif aux loisirs, à la formation, à la vie sociale et professionnelle, de l’enfance à l’âge adulte. C’est une exigence de cohérence et de justice pour que l’inclusion soit vécue comme un droit structurant du parcours. En ce sens, l’IME constitue un agent facilitateur de l’autodétermination et de l’autonomisation de l’enfant ou du jeune dans toutes les dimensions de sa vie quotidienne et de ses projets, comme un agent accélérateur d’une société plus inclusive."
Scolarisation
"Pour universel que soit le droit à la scolarisation, impérative et juste l’ambition d’une société pleinement inclusive au-delà du temps scolaire, il est indispensable que leur mise en œuvre se fasse au plus près des besoins de chaque enfant, de ses capacités, de ses compétences comme de ses envies : par la pluridisciplinarité des ressources mobilisées, par la diversification des accompagnements développés, par sa capacité d’innovation, l’IME demeure à ce stade un levier essentiel de cette individualisation des réponses et des parcours pour nombre de situations, sous réserve de son ouverture effective sur l’extérieur. De fait, aussi paradoxal que cela puisse apparaitre, la réussite du processus d’inclusion des enfants en situation de handicap suppose le maintien d’IME, organisés certes différemment d’aujourd’hui."
Défi
"Les évolutions déjà engagées et celles à venir constituent aujourd’hui un défi majeur pour les IME, qui, après avoir longtemps évolué dans un cadre relativement stable, doivent désormais s’adapter à un rythme de transformation rapide, porteur de perspectives positives mais qui n’est pas exempt de risques."
ANNEXES au rapport
ANNEXE 1 : Panorama des IME
ANNEXE 2 : Historique des IME au regard de l’évolution des conceptions de la déficience intellectuelle et des politiques dans le champ du handicap
ANNEXE 3 : TND/polyhandicap
ANNEXE 4 : Résultats des questionnaires adressés aux IME, MDPH et ARS
ANNEXE 5 : Principaux constats et éléments d’analyse issus des visites d’établissements
ANNEXE 6 : Cadre juridique des IME
ANNEXE 7 : Méthodologie de travail